Quand le diagnostic est une bonne nouvelle


L’hiver avait été long. Entre les cours à l’Université et le travail, j’avais multiplié depuis le mois de décembre les rendez-vous médicaux.

 

De petites taches que l’on surveillait déjà étroitement depuis trois ans, nichées au creux du lobe inférieur de mon poumon droit, étaient dernièrement sorties de leur torpeur et s’étaient remises à croître. Un coup difficile à encaisser, puisqu’après une période d’accalmie de plusieurs mois, j’espérais échapper à un diagnostic, pensant que le syndrome qui m’habitait avait déclaré forfait.

Faudra voir un dermatologue. Faudra voir un pneumologue. Faudra voir un chirurgien. Faudra passer un scan. Faudra passer un autre scan, plus précis. Faudra passer ce test-là. Et ce test-là, au cas. Une biopsie, aussi. Et une autre biopsie, parce que la première était vierge de marqueurs et qu’elle devrait pas l’être. Faudra opérer, faudra retirer un bout de poumon. Juste une petite pointe de tarte. Regardez, sur votre scan, c’est pas plus gros que ça qu’on retirera.

 

J’avais l’impression de manquer de freins dans une pente à 10 %. Tout défilait trop rapidement pour que je puisse voir clairement. Je fermais les yeux et faisais confiance à quiconque me demandait de lui faire confiance, faute de savoir quoi faire d’autre.

 

Les ecchymoses laissées par les prises de sang s’accumulaient sur ma peau au rythme des semaines qui passaient. À chaque nouveau rendez-vous, l’espoir que ça finisse, qu’on trouve ce qui me bouffait de l’intérieur et qu’on me donne un cachet à avaler ou une solution à injecter pour que la vie retourne à une plate normalité rassurante.

 

La fatigue, la lassitude s’installaient doucement. Un vague sentiment d’impuissance, l’impression d’être seule parmi tout le monde, de vivre deux vies en même temps. Expliquer toujours pourquoi la fatigue, pourquoi les rendez-vous, et pourquoi ils trouvent pas, hein? Si t’étais malade, ils trouveraient quelque chose, non? Se faire happer de plein fouet par le stress de devoir continuer à payer le loyer, de devoir continuer à obtenir de bonnes notes à l’école, de devoir continuer à dire «oui, oui! Je vais bien! Et toi, passé un beau weekend? Oh, faisait beau, hein!» alors que la peur de mourir me tordait l’estomac.

 



Juillet.

 

L’air est lourd. Le temps est si humide que les murs du vieil hôpital pourraient bien s’écraser sous le poids de la chaleur.

 

Le pneumologue qui me suit depuis quelques mois a du mal à camoufler sa frustration. La dernière biopsie qu’on m’a fait passer n’a pas été concluante. Les prises de sang non plus. Pourtant, tout est là. Je suis malade, ça ne fait aucun doute. Il ramène l’idée de procéder à une chirurgie, pour être bien certain, pour ne pas me faire prendre des médicaments qui amènent leur lot d’effets secondaires pour rien.

 

Je l’écoute par intermittence. Ma décision est déjà prise.

 



Je suis nerveuse. C’est la première fois que je remets en question l’avis d’un médecin. Ma rhumatologue m’accueille avec le sourire. Elle sait que les derniers mois ont été difficiles. Je lui dis que je suis fatiguée, que je suis mal à l’aise avec l’idée de subir une chirurgie, que je trouve que de me trancher un poumon à des fins de diagnostic, c’est pousser trop loin la recherche de certitude. Je lui demande de poser le diagnostic auquel je m’attends depuis cinq ans déjà, pour que je puisse arrêter de vivre en suspens, sans réponses et sans traitement.

 

Elle accepte.

 

Je quitte son bureau sous son oeil bienveillant, prescription à la main. Un contrôle aux trois mois, pour surveiller les reins.

 

De retour à ma voiture, je jette un oeil au formulaire de demande de prise de sang. Sous la case d’identification du patient, le champ diagnostic, habituellement laissé vide, ne l’est plus.

 

Diagnosis: Granulomatosis with polyangitis

 

Ce diagnostic que j’ai déjà redouté, que j’ai déjà craint plus que tout, est maintenant une bénédiction. La vie ne serait plus jamais pareille, mais j’allais pouvoir la reprendre là où je l’avais laissée. Et la chérir.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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