Quand la bouffe est boss de ta vie


Des tranches Single, des Oreo pis des morceaux de P’tit Québec marbré.

 

Ça, mes amis, c’était d’la collation de roi. Floune, j’allais me chercher ça dans l’frigo pis j’m’asseyais devant l’ordi pour jouer au jeu du Bus magique (piraté. J’avais trouvé ça avec le moteur de recherche de Sympatico. Ou AOL. C’est flou).

 

Quand j’ai eu l’âge de faire des niaiseries, j’ai switché au McDo. Aux Mac Poulet, pour être exacte. Trio Mac Poulet avec root beer, parce que j’haïs l’coke, pour être encore plus exacte. C’est à l’époque où j’ai eu mon permis d’conduire. J’me souviens d’au moins deux raisons pour lesquelles j’étais vraiment énarvée de pouvoir avoir mon propre char:

 

  1. Pouvoir faire des longues rides pis écouter d’la musique ben fort.
  2. Pouvoir aller manger des cochonneries après être sortie avec mes amies. Ou tout l’temps. C’est bon, des cochonneries.

 

La joie! La joie de pu avoir de comptes à rendre à personne sur c’que j’avais envie d’bouffer! J’étais checkée, à la maison. À 12 ans, j’pesais déjà 200 livres, ou proche de. Mon poids était un gros sujet d’inquiétudes pour mes parents. Ça fait que du moment que j’ai eu une chance de bouffer c’que j’voulais sans en être empêchée, ben j’ai sauté dessus, comprends-tu.

 

C’est weird parce que je savais ben que de manger un quatrième repas chaque jour allait finir par avoir un effet sur ma carrure, mais on dirait que c’tait pas important. J’me voyais pas grossir, non plus. J’me pensais immunisée contre la prise de poids. J’étais déjà grosse, anyway. C’est comme si j’pouvais pas être plus grosse que ce que j’étais déjà. M’a vous dire que j’ai eu un choc quand j’ai essayé de rentrer dans ma robe de bal de finissants, deux ans après ma graduation, pis que j’ai pas été capable d’la faire fitter plus haut que mes mollets. Dans l’miroir, j’avais gardé ma shape de jeune fille dodue. L’incompréhension, dans ma face joufflue.

 

Je pensais tout l’temps à c’que j’avais mangé, à c’que j’étais en train d’manger, pis à c’que j’allais manger, à comment y’en avait jamais assez dans mon assiette, à comment la sauce à Mac Poulet était trop bonne, à comment mon frère gossait parce qu’y finissait tout l’temps l’pot de crème glacée, à comment y’avait pas assez de repas dans une journée… C’était quasi aliénant. J’étais un gros estomac qui s’étirait à l’infini sur deux pattes. Pis quand j’mangeais, j’étais heureuse. #moéjmange

 

En un mot: ma vie était dominée par la bouffe. (c’est 7 mots)

 

Drogue pis bouffe, même combat?

J’ai lu dernièrement un excellent bouquin sur la guerre à la drogue (et sur son inefficacité, mais ça, c’est une autre histoire). L’auteur, un journaliste qui a jadis lui-même beaucoup consommé, dresse un portrait différent de c’qu’on entend tout l’temps par rapport aux causes de la dépendance à une substance. Sa thèse, c’est que c’est pas tant la substance qui rend accro, mais plutôt la raison pour laquelle on ressent le besoin de consommer. Short and sweet: si ta vie est vide de sens, t’as plus de chances d’accrocher à une substance qui va t’faire oublier que ta vie, c’est d’la marde, que si ta vie est remplie pis que tu t’sens accompli et «plein». Dans cette perspective, la drogue bouche un trou que t’arrives pas à remplir avec autre chose. J’adhère beaucoup à cette théorie, pour plein d’raisons. Entre autres parce que je trouve qu’on a généralement une vision hyper fataliste de la consommation (tout le monde connait le fameux mythe de l’escalade: «le pot va te m’ner tout droit à l’héroïne, à la rue pis aux piqueries, ma p’tite fille». Doux Jésus du saint ciel. Stop it. Surtout que ç’a été prouvé que c’est pas vrai.) Je préfère cette théorie, qui a l’mérite de laisser à l’homme un certain pouvoir sur sa destinée.

 

Là, j’ai l’air de m’en aller nulle part avec ça, vous allez m’dire. Sauf qu’en parcourant ledit bouquin, j’me suis demandé si c’était possible d’avoir une dépendance à la bouffe. J’ai honnêtement pas poussé mes recherches plus loin, mais j’ai réfléchi. J’trouvais que, plus jeune, j’avais des comportements ben semblables à ceux d’un alcoolique, par exemple. J’me cachais pour manger, j’mentais à ma mère sur c’que j’ingérais, je «binge-eatais» (rages de bouffe incontrôlables suivies d’une culpabilité grosse comme le monde), je pensais constamment à la bouffe que j’allais être en mesure d’ingérer dans une journée, je planifiais les moments où j’allais m’organiser une p’tite date avec un sac de chips… je sais pas. Peut-être que j’parle à travers mon chapeau, mais j’trouve qu’y’a des liens à faire. Pis tsé, la dépendance, c’pas juste une affaire de toxicité, dans l’fond. Y’a des gens qui sont accros aux machines à sous, pis y consomment rien. Ben, à part des jeux plates.

 

J’me r’garde aujourd’hui, pis j’me rappelle de qui j’étais à l’adolescence, pis le lien me semble encore plus clair. Moi qui s’est jamais considérée comme une fille aux mille projets, j’les multiplie depuis quelques années. J’suis plus sereine, plus remplie, plus accomplie, plus heureuse. J’ai plus confiance en mes moyens. Parallèlement à tout ça, j’ressens moins le besoin de manger. Est-ce que c’est lié? Je sais pas. En fait, je crois que ça l’est un peu, sans en être la seule et unique cause. Je suis capable d’arrêter de manger quand j’ai plus faim, chose qui m’aurait été impossible de faire y’a à peine 5 ans. Mon rapport à la bouffe change. Avant, c’était une source de réconfort. Maintenant, c’est un plaisir utilitaire auquel je m’adonne trois fois par jour. C’est plus une obligation, c’est plus quelque chose qu’il me faut absolument. J’ressens plus le besoin d’avoir mon fix de McDo à 11 h le soir. (Même si j’capote solide sur les blizzards aux Coffee Crisps.)

 

Hey, p’t’être ben que j’t’en train d’finir de patcher l’trou qu’j’avais en dedans. Allez savoir.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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