Aime-moi comme je m’aime. Très peu et très mal.


La scène se passe y’a un peu plus de deux ans. Mon couple est en état de décomposition avancée, mais je m’y accroche tant bien que mal. Après tant d’années à s’endurer, on peut pas juste terminer ça comme ça, non?

 

«Mettons… imagine deux grands cercles.»

 

Bon, ça y est…

 

«Là, y’a un cercle ici, pis y’a un autre cercle là.»

 

Ma psy fait de grands gestes avec ses bras en dessinant avec le bout de ses doigts deux grands cercles se tenant dans l’vide, côte à côte.

 

«Ce qu’on veut généralement dans un couple, c’est que les deux cercles se superposent juste un peu…»

 

Elle sort une feuille et un crayon. Je comprends mieux quand on fait exister les choses abstraites dans le réel.

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Le couple. Kind of.

«Regarde. Les deux cercles se rencontrent au centre. Y’a juste un p’tit overlap, au milieu. On remarque quand même que c’est pas la majeure partie des deux cercles qui se rejoint. Y’a peut-être le quart ou le cinquième de chaque cercle qui est partagé… Hors de ça, les deux cercles existent comme deux entités entières et séparées.»

 

Je sais où elle veut en venir. Blessure à l’égo dans 3, 2, 1…

 

«Ça, c’est ton couple à toi.»

 

Sous les deux premiers cercles, elle entreprend d’en dessiner un nouveau.

 

«Ça, c’est ton chum.»

 

Un gros cercle. Un ostie de gros cercle. Ouais, c’est ben lui ça.

 

«Ça, c’est toi.»

 

J’fais pitié à voir, sur papier. J’suis un tout petit cercle mollasse. Non seulement ça, mais j’me fais complètement bouffer par le gros cercle qui me fait office de chum.

 

«Tu vois, le problème?

 

– Ben… j’pense que j’comprends. J’pas mal à l’étroit.

 

– Y te reste pas grand place pour exister, ma chouette.»

 

Ça aurait été facile (et un peu satisfaisant, soyons honnête) de terminer cette histoire ainsi: le gros cercle était en fait un gros méchant vampire suceur de sang de jeunes femmes candides et innocentes. C’est pour cette raison qu’il fit de la jeune femme qui partageait sa vie un tout petit cercle sec et rabougri. Ils ne vécurent pas heureux et ne firent pas d’enfants, pour le bonheur futur de toutes les parties impliquées. Fin.

 

C’est un peu ça, mais c’est pas juste ça.

 

Rejeter le blâme de ma non-existence au sein du couple que je formais avec mon ex-conjoint, ç’aurait été de m’autoreléguer au rôle de victime. Ç’aurait été une façon d’éviter une remise en question nécessaire à mon bien-être futur, parce qu’une victime, c’est juste ça: une victime. C’est un un rôle passif, tant qu’on n’essaie pas de le dépasser, tant qu’on n’essaie pas de devenir une victime active pour finalement cesser d’être une victime et juste être quelqu’un.

 

La vérité c’est que, comme je l’ai dit précédemment, y’a pas de hasards en amour (j’ai déjà dit ça, right? Surement. C’est rendu ma devise.) Ma psy me répète constamment qu’on choisit des partenaires qui se trouvent au même niveau émotionnel que nous, qui comblent nos carences, qui comblent notre désir primitif de réparer ce qui doit l’être.

 

Mon ex était un vampire suceur de candeur? Alors face it, la grande: t’es une femme pleine de qualités, certes, mais tu as accepté d’être traitée de cette façon, de te fondre dans quelqu’un d’autre, parce que tu croyais que c’était ainsi que les choses devaient être.

 

La dynamique qui anime un couple, ça se bâtit à deux. Même si seul un des deux partenaires semble tirer son épingle du jeu. Il prend toute la place? C’est que je le laisse prendre toute la place. Il me trompe à répétition? C’est que je le laisse revenir chaque fois, sachant que je serai blessée de nouveau.

 

Du masochisme. «Aime-moi comme je m’aime. Très peu et très mal.»
T’sais, les clichés surutilisés «connais-toi toi-même» et «aime-toi d’abord»? C’est pas des clichés surutilisés pour rien.

 

Pour que mon cercle existe tout seul, comme un grand, faut que je mette des choses dedans. Faut que je le fasse grossir, que je le polisse et que je lui fasse une belle courbe ben drette. Un beau cercle solide qui rencontre un autre beau cercle solide, ça fait une ben plus belle prémisse, vous pensez pas?


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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