Aimer la bédaine


Il fut un temps, dans les semaines suivant mon accouchement, où entendre d’autres femmes raconter à quel point la grossesse leur manquait et à quel point elles avaient aimé être enceinte me faisait me perdre dans les dédales de l’auto-jugement et de l’insécurité.

«Quel boutte de moi qui est pas normal encore, coudonc? C’est naturel, devenir maman, ça devrait être une belle expérience. J’devais pas être prête… J’étais tu prête? Tout d’un coup que j’étais pas prête?»

Y’é un peu tard pour pas être prête, chose.

Ç’a passé. J’ai fait la paix avec le fait que j’ai pas trippé sur ma grossesse (c’est un euphémisme), que ça se peut, et que c’est pas grave.

C’est ben sûr que j’ai aimé les coups de pied, les échographies, décorer la chambre de bébé, manger toute la crème glacée que je voulais, converser avec cette bébitte là qui grandissait en moi… évidemment, que j’ai aimé tout ça. Ce qui m’a fait souhaiter la fin de ce passage obligé pendant les neufs mois qu’il a duré, c’était cette maudite angoisse de ne pas être à la hauteur.

Heureusement, chaque jour qui passe où je m’occupe de ma puce sans que le ciel nous tombe sur la tête à toutes les deux fait grandir la confiance que je me porte et me fait croire que je réussirai peut être à élever une p’tite poupoune que je ne vais pas briser, ultimement.

C’était ça, ma grosse peur. Briser ma fille.

J’ai passé la majeure partie de ma grossesse en thérapie avec une psychologue adorable qui, elle aussi, était enceinte de son premier enfant. Au fil des mois, à force de mots d’encouragement et, on va se l’dire, de travail acharné, j’ai fini par avoir hâte d’être maman.

C’était tout un accomplissement, puisqu’on partait de loin. J’étais entrée dans son bureau pour la première fois en mars. J’étais alors enceinte d’un peu plus de deux mois. À l’époque, j’étais tellement convaincue de mon inaptitude à élever un enfant que j’avais entrepris des démarches auprès du CLSC de ma région pour me faire avorter.

J’avais pas été capable d’aller au bout de la démarche et j’étais rongée par la culpabilité. Je me disais que je ne méritais pas cet enfant-là et que je n’avais pas eu le guts de prendre la bonne décision, celle de ne pas transmettre mes gènes à c’te pauvre enfant qui n’a rien demandé.

(Y’a des choses que la maternité change pas. Genre mon côté mélodramatique.)

Je savais bien au fond que je la voulais, ma fille. J’étais déjà tellement en amour avec elle. J’voulais juste qu’on me dise que j’allais être capable.

Et c’est ce qu’on m’a dit. Et j’ai fini par le croire.

À 27 semaines de grossesse, on m’a mise en arrêt de travail parce que madame la peanut s’énervait le poil des jambes et semblait pressée de sortir de sa tanière. Ç’a été une vraie bénédiction. J’ai lu, j’ai dormi (pis Dieu sait que le sommeil en fin de grossesse, c’t’une denrée rare), j’ai pris le temps de respirer, de tricoter des tuques et des doudous. J’ai consacré toutes mes énergies à me préparer à accueillir notre fille. J’me dis aujourd’hui que c’est le premier cadeau qu’elle m’a fait, d’être pressée.

Un an après ma première visite chez la psy, j’ai à mes côtés une p’tite éponge hyperactive qui siphonne toute l’information qu’on veut bien lui donner. Les angoisses subsistent et je les entends, comme le bourdonnement d’une mouche qui se pique un sprint tout le tour de ma tête, mais je suis sereine. Je suis exactement là où je devrais être, et je suis la meilleure mère que je peux être pour ma fille. Pas parfaite. Maladroite. Good enough. Aimante.


À propos L'énervée

J'ai essayé la psycho et le marketing, puis j'ai décidé de retourner à mes premières amours: l'écriture et le journalisme. Je suis maman et ça m'occupe la majeure partie du temps. Quand il en reste un peu je lis, j'écris, je tricote et je marche jusqu'au parc avec ma fille.

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