Angoissée cherche homme (le plus) parfait


Sur le sofa, un mardi soir. Mon chum écoute Supernatural. Moi, j’fais semblant de pas être en train d’angoisser. Business as usual.

 

« Amé. Qu’est-ce qui se passe? »

 

Ah, come on! Comment y peut deviner à chaque fois? Ah, ouais. Ma face. Ma face qui cache rien.

 

« J’t’avertis, amour. Ça a aucun lien avec nous deux qui sommes assis sur le sofa à écouter la télé. J’te sors ça de nulle part. Ok?

– M’en viens habitué. Vas-y.

– Ben… Tsé, moi je veux voyager. C’est super important. Pis toi ben… ça te tente pas tant.

– Oui. On en a déjà parlé. J’vais voyager avec toi de temps en temps, mais pas à chaque fois. Pis tu es libre de voyager seule ou avec tes amies quand tu veux.

– Ouais mais sur internet y disent que c’est important d’avoir la même vision sur des choses importantes comme ça…

– Oui, mais on peut pas être identiques et vouloir les mêmes choses sur tous les plans. C’est une chose qu’on n’a pas en commun. Comme je t’ai dit, je voyagerai avec toi quelques fois, et tu seras libre de voyager seule si ton besoin est pas entièrement comblé.

– …Ouain, c’est vrai.

– …Pis quoi d’autre?»

 

Ma face. Ma maudite face.

 

«…mais tsé, la bouffe…

– …la bouffe.

– Ouais, la bouffe. C’est niaiseux, mais j’aime toute. J’tripe sur les tartares, j’aime essayer des trucs bizarres, au resto, j’aime prendre l’option dégustation à 12 plats avec les vins qui matchent… Mais t’es moins aventureux que moi. Pis t’aime le steak. J’aime pas vraiment l’steak. Ben tsé, c’est bon, de temps en temps, mais ça m’fait pas vraiment saliver, un gros t-bone.

– Mais c’est la même chose. On est allés, l’autre fois, dans un resto comme t’aimes. T’as mangé quelque chose qui te tentait, pis moi j’ai trouvé quelque chose sur le menu qui faisait mon affaire. On est pas obligés d’aimer la même bouffe pis de manger toujours les mêmes repas! Si tu te fais à souper pis que je préfèrerais autre chose, j’vais m’arranger, tsé.

– Ouain mais faudrait pas qu’on se rejoigne sur ces enjeux-là?

– C’est comme tu veux, c’est toi qui sait. Pour moi, ce qui est important par-dessus tout, c’est d’avoir des valeurs semblables à celles de ma blonde. De savoir qu’on s’en va à peu près à la même place. De s’entendre sur la base, sur les fondations de qui on est. Pis j’ai ça avec toi. Si on bâtit notre relation sur des valeurs communes fortes, le reste va suivre.

– …

– Tu l’sais, tsé, que tu cherches des bébittes dans l’fond.»

 

La perfectionniste en amour

J’lisais un bouquin fantastique, l’autre jour. Ça parle de la codépendance en amour et ça donne des pistes de réflexion pour s’en défaire. J’en reparlerai peut-être plus longuement dans un autre billet, si ça vous tente.

 

Dans une section qui traite de l’autosabotage, l’auteur dresse une liste de raisons pour lesquelles on pourrait essayer de faire chier – consciemment ou pas –  une relation prometteuse, une relation qui correspond à peu près en tous points à l’idée qu’on se serait fait d’une relation idéale.

 

Raison 8: La peur de se tromper.

 

J’ai roulé les yeux vers le plafond. Miss Perfection allait s’reconnaître dans les lignes qui allaient suivre, elle en était certaine.

 

Grosso modo, c’que l’auteur avance, c’est que si on choisit l’option A, ben on peut pas essayer simultanément l’option B, l’option C, l’option D pis l’option E. Autrement dit, si on choisit Monsieur A, on accepte de facto qu’on laisse passer messieurs B, C, D et E, qui pourraient être d’aussi bons prétendants que Monsieur A.

 

La plupart des gens vivent très bien avec ça.

 

Miss Perfection ici présente? Not so much.

 

Tout d’un coup, hein? Tout d’un coup que Monsieur B est plus parfait que Monsieur A? Tout d’un coup que l’homme de ma vie est ailleurs? Tout d’un coup que mon chum est pas celui qu’il me faut pour que je connaisse l’amour parfait (c’est quoi, by the way, l’amour parfait)? Qu’est-ce qu’y m’dit qu’y’a pas un Monsieur D quelque part qui est pareil comme mon chum mais qui aime le tartare en plus?

 

Rien, niet, nada, pouet. Rien m’dit qu’il existe ou qu’il n’existe pas.

 

La suggestion de l’auteur, c’est que certaines personnes se rendent prisonnières du mythe de «the one», qui nous pousse à croire qu’une seule personne (parfaite) nous est destinée, et que l’objectif ultime de notre quête amoureuse est de la trouver, d’avoir plein d’enfants avec pis d’vivre heureux jusqu’à c’que l’hospice nous sépare.

 

Parmi les trucs proposés pour se défaire de ce mythe à la Walt Disney: lâcher les conseils à 5 cennes de magazines de filles pis se questionner sur la satisfaction qu’on ressent dans notre couple dans l’moment présent.

 

  • Est-ce que j’me sens bien? (quand j’me tourmente pas avec des questions sans réponse)
  • Est-ce que j’suis avec quelqu’un qui m’admire et que j’admire?
  • Est-ce que l’autre m’aime d’un amour véritable qui m’laisse d’la place pour être qui je suis sans restriction?
  • Est-ce que l’autre me respecte? M’appuie? M’aide à m’épanouir?

 

En y pensant, j’me suis rendu compte que j’ai tout ça avec mon chum, avec mon Monsieur A. Pis en plus, y m’écoute 150 000 fois par semaine répéter les mêmes angoisses sans m’dire que j’y tombe sur les nerfs pis que mes angoisses sont nounounes. Mieux que ça: y’essaie de comprendre d’où ces angoisses-là viennent, pis il adapte les réponses qu’il me donne selon ce qu’il croit qui m’aidera le plus à apprendre éventuellement à me rassurer moi-même.

 

P’t’être que la question que j’me pose est pas la bonne. Peut-être que c’que j’devrais me demander c’est: «est-ce que la relation que j’ai actuellement avec mon chum est celle dont j’ai besoin aujourd’hui, celle qui me satisfait maintenant?». C’pas mal moins angoissant que de se demander si on a fait le bon choix pour toute une vie, penses-tu, fille?

 

Alors. Est-ce que j’fais le bon choix aujourd’hui?

 

You bet.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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