Dater avec une maladie chronique


Quand j’ai commencé à chercher à faire des rencontres, après une période de célibat de quelques mois, j’me disais que j’en aurais pour plusieurs années (!) à enchaîner les courtes relations et les débuts de quelque chose qui finissent par chirer. C’était pas super optimiste, mais ça me déprimait pas. Je sentais que j’avais beaucoup d’apprentissages à faire dans le domaine et je voyais le célibat comme une occasion de mieux me connaître pour que, le temps venu, je sois apte à m’investir dans une relation qui en vaille la peine et qui soit saine (hey, c’t’un bon sujet ça! More on that later!).

Quand même, une des choses qui m’inquiétaient le plus dans cette recherche d’expériences était la divulgation à mes partenaires potentiels de ma condition physique. Comme pour ben des affaires dans la vie pour lesquelles on aurait besoin d’un mode d’emploi ben… y’a pas de mode d’emploi pour ça. À quel moment faut en parler? Comment on aborde le sujet? Comment on réagit si l’autre accepte pas notre condition? Quels mots on emploie? Y’a aussi toutes les craintes qui viennent avec l’annonce: est-ce qu’il va rester? Est-ce qu’il va avoir peur que mon état empire? Est-ce qu’il est vraiment conscient de ce dans quoi il s’embarque? Est-ce qu’il va tourner les talons quand il me verra pour la première fois sur une civière, les bras pleins d’ecchymoses? Est-ce qu’il va accepter de prendre le risque que nos futurs enfants puissent hériter de la maladie?

Tricky.

Faut dire que l’inquiétude prenait à l’époque pas mal de place dans ma tête parce que ma mère venait de vivre à ce moment-là une expérience de marde avec un homme qui lui avait dit ben frette-sec qu’il daterait jamais une femme avec les doigts croches (ma mère est atteinte d’un syndrome cousin de l’arthrite rhumatoïde. Entre nous’autres, en famille, on fait ben des jokes sur ses doigts de sorcière. Mais dude. C’est pas super délicat pour vrai. Anyway).

Mais moi, à part quand je porte des jupes pas de collants en été, on peut pas vraiment voir que j’suis malade. Les seules marques visibles de la maladie sont de vieilles cicatrices rondes que j’ai un peu partout sur les jambes et qui ressemblent à des brûlures de cigares, mettons. Ça a fait mon affaire, parce que ça m’évitait d’aborder le sujet pendant une première rencontre. À la place de faire peur au gars en partant avec mes gros problèmes, j’pouvais me contenter de faire peur au gars en partant avec du small talk malaisant ordinaire, comme tout le monde.

Sauf que ben, arriva ce qui devait arriver. Mon célibat s’est pas tant étalé dans l’temps comme j’aurais pensé qu’y ferait. Y’en a un qui s’est mis à triper un peu trop pis qui s’est mis à me rappeler, pis à me rappeler, pis à me rappeler, pis fuck, à me demander à ce qu’on passe Noël ensemble, pis fuck, à me demander si j’avais le goût qu’on habite ensemble.

Après trois mois, j’ai réalisé qu’il se tannait pas de moi pis de mon small talk pis j’ai paniqué. Si je commençais à faire des plans pis jaser d’avenir avec quelqu’un, j’avais pas le choix de lui faire part de mon vice-caché. J’étais obligée de lui en parler, parce que c’est une condition qui peut avoir des répercussions directes et indirectes à court, moyen pis long terme. Ça m’a fâchée d’avoir cette tache-là à mon dossier, de pouvoir me faire rejeter par quelqu’un pour un bagage que j’ai pas décidé de porter. Un moment donné, j’ai réalisé qu’on allait avoir cette discussion là que je le veuille ou non, pis que si ça fonctionnait pas avec lui, ben ça allait fonctionner avec quelqu’un d’autre. Comme dans toute.

Ça fait qu’un soir (vraiment tard, parce que quand j’ai une crotte sur le coeur, je traîne ça vraiment longtemps, jusqu’à ce que mon chum – ouais, y’é r’venu finalement – se tanne de ma face de fille qui a quelque chose à dire pis qui le dit pas), on était couchés, j’ai fermé mes yeux vraiment fort pis j’ai dit y’ienque d’une traite sans respirer:

« Amour. Y’a quelque chose qu’y faut que je te dise c’est super important pour vrai, mais j’ai vraiment peur.

–  Ok… Vas-y, je t’écoute.

– … (regard suppliant de brebis égarée)

– Parle-moi. »

Ça fait que, pauvre p’tit, je lui ai tout déballé ça d’une traite. Les symptômes bizarres, les hospitalisations, les tests, la peur d’avoir un enfant malade, la décision d’en avoir un pareil, les médicaments… toute la patente. Une fois que j’ai pu eu rien à dire, je suis revenue à moi, comme si j’m’étais déconnectée de ma tête le temps que ce qui devait sortir sorte, pis je l’ai regardé, pis y m’a regardée, pis j’m’attendais à un:

« Ok… j’aurais vraiment aimé que tu m’en parles avant.»

Mais non. Y’é arrivé ça à la place:

« … mais là t’es correcte? T’as pas mal hein?»

Évidemment, comme j’m’attends toujours au pire, j’avais pas de réaction prête pour une réponse comme celle-là.

« Euh… ben non là, j’prends des médicaments pis ça va ben… Ça te dérange pas? Les enfants, pis toute?

– Ben non… tu vas bien, t’as une vie normale, ça t’empêche pas de rien faire. J’veux juste pas que tu souffres, tsé. Pis j’m’en doutais un peu. Les murs sont en carton pis j’t’entends brasser des pots de pilules.»

Faut que j’arrête de prendre les gens pour des cons.

 


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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