Donald Trump, un narcissique? – 21/10/2016


 

La campagne présidentielle américaine tire à sa fin… au grand désarroi de tous les caricaturistes de ce monde qui ont vu littéralement pleuvoir cette dernière année les occasions de perfectionner leurs croquis de Donald Trump et sa tignasse dorée. On connaîtra l’identité du nouveau président ou de la nouvelle présidente des États-Unis le 8 novembre prochain.

 

On a attiré mon attention sur un article paru la semaine dernière sur le site Web de l’Agence Science-Presse, article qui s’intitule: Psychiatrie – le cas Trump. On y a répertorié quelques dossiers où des psychologues se sont prêtés au jeu de l’analyse du controversé personnage. Évidemment, les psychologues ne posent pas de diagnostic puisque ça irait à l’encontre de leur code d’éthique professionnelle. Quand même, une tendance hyper claire se dégage des textes auxquels on fait référence dans l’article: monsieur Trump semble posséder un certain nombre de caractéristiques qu’on associe généralement à la personnalité narcissique.

 

La personnalité narcissique, c’est un mode de fonctionnement général. C’est à dire que les narcissiques cumulent plusieurs traits de personnalité à tendance égocentrique qui vont teinter toute leur existence, toutes leurs actions, leurs décisions, leurs paroles, leurs relations interpersonnelles… tout, tout, tout. On estime qu’environ 1 % de la population est touchée par le trouble de personnalité narcissique.

 

La première chose qu’on remarque chez un narcissique, c’est son caractère grandiose. Le narcissique aime parler de lui, beaucoup. Il aime raconter ses exploits, étaler ses qualités et ses talents, et se mettre à l’avant-plan. Il se pavane, en quelque sorte. Son but, c’est d’être perçu par les gens qui l’entourent comme quelqu’un d’extraordinaire. Il souhaite être supérieur aux autres en tous points, il veut qu’on l’admire. En fait, c’est plus que ça. Il a littéralement un besoin maladif d’être admiré.

 

Le narcissique va aussi se créer des espèces de scénarios romancés qu’il va espérer plus que tout parvenir à concrétiser. Il n’y a rien de trop beau pour lui. Il veut le succès absolu, il veut être le meilleur, il veut accéder à la plus haute marche du podium. Il va devenir complètement absorbé par ses désirs de succès démesurés. Au cinéma, on va souvent le représenter sous les traits du personnage un peu tordu qui veut accéder au poste de président d’une entreprise. Je pense que le meilleur exemple qu’on a eu ces dernières années à l’écran, c’est le personnage de Patrick Bateman, dans American Psycho. Bien qu’il tire plus sur la psychopathie, il possède les caractéristiques de base du narcissique.

 

Une des caractéristiques qui me fascine personnellement chez le narcissique, c’est son manque d’empathie. L’empathie, c’est l’aptitude à comprendre comment les autres se sentent. Si la mère d’un de vos amis tombe malade, vous allez comprendre que votre ami souffre probablement beaucoup et allez adapter vos contacts avec lui en conséquence. Comme le narcissique a peu ou pas d’empathie, il a de la difficulté à simplement reconnaître, de un, les émotions des autres et, de deux, à y répondre de façon adéquate. De façon naturelle, de toute façon, il ne va pas se questionner sur ce que les autres ressentent. [D’ailleurs, je fais une parenthèse ici. Certaines études ont démontré que les narcissiques éprouvent beaucoup plus de difficulté à reconnaître les expressions faciales liées aux émotions. Ils auront de la difficulté à différencier, par exemple, un visage de dégoût d’un visage de colère. C’est donc dire qu’ils ont une réelle incapacité, ou du moins une grande difficulté, à décoder le vécu émotionnel des autres.]

 

En vrac, je peux vous donner rapidement d’autres traits qui caractérisent les personnalités narcissiques. Ils vont croire qu’ils sont spéciaux, qu’ils ne peuvent être compris que par d’autres gens spéciaux, généralement des gens ou des groupes de gens qu’ils tiennent en admiration. Ils croient aussi que tout leur est dû. Ils s’attendent à recevoir en tout temps un traitement de faveur et deviennent frustrés si leurs désirs ne sont pas rapidements comblés. On les remarque aussi pour leur attitude désagréable: ils seront par exemple arrogants, hautains ou méprisants. Ils n’hésitent pas non plus à exploiter les gens de leur entourage pour arriver à leurs propres fins. Ce sont d’excellents manipulateurs, parce que même s’il ne sont pas en mesure de comprendre les émotions ressenties par les autres, ils peuvent très bien déclencher, par exemple, des sentiments de culpabilité chez quelqu’un de vulnérable simplement en utilisant les bons mots ou la bonne intonation. Finalement, les narcissiques sont aussi de grands jaloux. Ils envient énormément les succès des autres et, parallèlement, sont convaincus que les autres les envient.

 

On va se l’dire, c’est un portrait peu reluisant que je viens de dresser. Le trouble de personnalité narcissique est extrêmement souffrant pour l’entourage d’un narcissique et pour le narcissique lui-même. La bonne nouvelle, c’est que la psychothérapie peut améliorer l’état du narcissique. Ça demande par contre une prise de conscience qui, elle, est malheureusement plutôt rare. Sans une reconnaissance réelle de la structure de sa personnalité et sans un réel désir de modifier son mode de fonctionnement, le narcissique a peu de chance de voir son état s’améliorer. Imaginez le travail que ça prend pour quelqu’un qui a un perception grandiose de lui-même de reconnaître une vulnérabilité comme celle-là et, pire encore, d’aller l’exposer devant un psychologue… C’est pour ça que, généralement, le narcissique se retrouve en thérapie le plus souvent lors d’un épisode dépressif. Rarement il ira en thérapie par lui-même, par désir de mieux se connaître ou de trouver la source de son mal-être. Il va être confronté à lui-même «par accident», si on veut.

 

Est-ce que Donald Trump est un narcissique? C’est une question à laquelle on n’obtiendra pas de réponse. De toute façon, même si le personnage a une éthique discutable, ce serait une erreur je crois de ne le réduire qu’à un trouble de personnalité hypothétique. L’humain est complexe et il ne faudrait pas le réduire à des étiquettes toutes faites comme celle-là.

 


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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