Cendrillon est une toutoune 2


Il y a trois ans, je pesais deux fois mon poids actuel.

J’ai fait le test, l’autre jour. Moi au complet, j’entre dans une patte d’une de mes vieilles paires de pantalons. Je me trouvais ben comique de sautiller d’un bout à l’autre de mon appart, les cuisses ben tassées dans le tissu stretch usé à la corde.

J’ai lu partout sur internet le même conseil venant d’ex-obèses: une fois l’objectif atteint, on vide le garde-robe et on rachète tout en neuf. Ça tombe sous le sens, vous me direz. On sait tous que ma robe 3XL servira plus à rien d’autre qu’à accumuler le poil de mes chats qui vont la faire tomber de son cintre pour en faire un coussin fancy.

Sauf que oui mais tsé…

La peur, la peur. La maudite peur.

Donner mes vêtements trop grands, c’est un symbole. C’est la procession funèbre de mes 130 livres perdues qui sortent de chez nous dans des grands sacs à poubelles. Me débarrasser de tous ces vêtements dont j’ai horreur, à cause de ce qu’ils représentent, ça signifie aussi j’ai confiance en mes capacités de ne jamais reprendre le poids perdu, et que donc jamais plus je n’aurai à les porter.

Ben savez-vous quoi?

La moitié des sacs est dans ma valise de char pis l’autre est cachée dans le fond de mon débarras. Depuis six mois.

Quand je m’achète un nouveau morceau de linge, je me dis que je vais en profiter au maximum et le porter jusqu’à ce que tout le monde soit écoeuré de me voir avec. Je me dis ça parce que j’ai encore l’impression que j’ai volé le corps que j’ai actuellement, que c’est juste un privilège temporaire, juste un passe-droit que la vie m’a donné pour voir ce que c’est, être mince. C’est un peu con parce que je vous jure que si j’avais pu voler un corps, j’en aurais pas pris un qui a des draps de peau fripée qui pendouillent et qui flacotent tout partout.

Chaque fois que je bois un verre de vin, que je mange du gratin ou que je trempe mon doigt dans un pot de Nutella, je m’imagine que c’est le début de la fin, que je vais perdre le contrôle, que mon corps va serappeler qu’il est sensé être gros et va se mettre à grossir de façon incontrôlable. Je me vois me regarder engraisser et pas être capable de rien faire, je m’imagine un court-circuit dans la switch qui est chargée de dire à mon cerveau que j’ai pu faim, que j’ai pas le goût de finir le sac de chips pour vrai, que c’est juste parce que le sel c’est fucking bon pis que ça fait capoter mes neurotransmetteurs.

Tout ça, c’t’un peu comme l’histoire de Cendrillon si Cendrillon avait été une toutoune. C’est clair que quand t’as porté la godasse en verre pis la robe à paillettes, ton vieux linge a l’air beige pas mal.
Faque. J’ai peur de donner mon linge trop grand parce que j’ai peur de perdre le contrôle.

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C’est un peu nono, hein?

Mettons. Mettons que je perdais le contrôle pis que je reprenais 100 livres. C’est quoi le pire qui arriverait?

Mon chum me laisserait? Peut-être? Peut-être pas? Je sais pas?

Fille, va falloir que t’apprennes à t’aimer mieux que ça.

(xxx)


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.


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2 commentaires à propos de “Cendrillon est une toutoune