Dors pas avec l’enfant qui a peur du noir 3


Ça fait 25 ans (quasi 26) que j’vis en colocation avec moi-même, ça fait que j’commence à m’connaître. Dans les derniers mois (que dis-je, dernières années), ça a bougé pas mal dans ma vie. J’ai donc pas été étonnée de voir l’anxiété qui m’épargnait depuis un moment se r’pointer l’bout du nez après un déménagement pis l’annonce du départ de mon chum en Égypte pour le travail.

 

À chaque fois qu’elle revient m’visiter, j’m’étonne de l’intensité d’la douleur que ça m’fait en dedans. Le stress du quotidien, que j’perçois autrement comme rien d’moins que la fin du monde (m’a vous dire une affaire: ça arrive souvent, chez nous, la fin du monde), est rien en comparaison à c’que la boule que l’angoisse qui m’habite – la vraie – m’fait dans l’ventre. J’la traîne toute la journée, j’essaie d’peser dessus avec mes deux mains pour la faire rentrer dans mes entrailles, pour qu’elle aille y mourir de sa belle mort, mais elle finit toujours par trouver une craque dans l’plancher assez large pour y glisser un tentacule pis r’venir me chatouiller les insécurités.

 

J’ai des nausées, je pleure, j’fais des baisses de pression, j’tremble, j’ai les mains moites, la bouche sèche, j’ai l’goût de r’virer ma vie à l’envers pis de m’exiler dans l’Grand’Nord pour fuir toute c’qui déclenche des crises. J’ai l’goût d’me rincer l’cerveau à l’eau d’javel.

 

Pis j’me sens coupable, aussi. J’me sens coupable parce que quand j’suis habitée au grand complet par l’angoisse, comme en c’moment, c’est pas moi qui interagit avec les gens que j’aime. Enfin, c’est moi with a twist.

 


 

J’m’adresse à tous ceux après qui j’m’accroche pour me rassurer quand j’pu capable de me gérer, quand j’veux qu’on prenne des décisions à ma place. Quand j’veux qu’on m’prenne en charge parce que c’est plus facile que d’assumer mes choix, mes décisions, mes erreurs.

 

Je sais qu’c’est lourd, rassurer un puits sans fond. Je comprends la frustration qui vient avec rassurer, aimer, être là, pis constamment avoir l’impression que la reconnaissance vient pas, qu’on est jamais cru.

 

Y m’est v’nu cette comparaison-là en courant comme une perdue sur mon tapis au gym l’autre jour (ça aère la tête, y paraît. Moi j’dis qu’c’t’un mythe réconfortant. Anyway).

 

T’sais, comment on dit qu’y faut pas dormir avec un enfant qui a peur dans l’noir?

 

On dit qu’il faut lui montrer qu’il est ben capable de dormir dans l’noir, dans l’fond. Même si y pense que jamais y va y arriver. Faut qu’il finisse par croire qu’il a tout c’qu’y faut en dedans d’son p’tit corps pour surmonter sa peur, pour l’accepter, pour la ressentir, pour l’haïr, pour la gérer. Faut lui dire, à c’te pauvre enfant: «Je sais qu’t’as peur. Je sais qu’ça fait mal. Mais j’suis là. Toi, t’es là. Laisse pas la peur t’envahir pis te submerger. Apprends à vivre avec.»

 

Y’a une enfant en moi qui a peur du noir, qui pleure de rage de penser que la nuit va la bouffer tout rond pis qu’tu seras pas là pour la défendre, qu’tu seras pas là pour prendre les coups à sa place. C’t’enfant-là te demande de la rassurer à ma place.

 

Ça s’rait légitime si j’avais 4 ans. Sauf que j’en ai 25.

 

C’est moi, dans l’fond, qui s’abandonne. Parce qu’à l’âge que j’ai, je sais très bien que j’ai c’qu’y faut pour faire face à toute c’que la vie balance sur mon chemin. Quand j’mets sur les autres le poids de rassurer la p’tite fille en moi qui a peur pis qui a mal, c’est moi, au fond, qui lui claque la porte au nez pis qui lui dit de s’arranger avec ses problèmes.

 

C’est moi qui lui dit qu’elle est pas capable, qu’elle a raison d’avoir peur, qu’elle a raison de douter de ses capacités.

 

C’est moi qui devrais lui dire que je l’aime, qu’elle est pleine de courage, pis que j’vais être là si elle a besoin d’un appui pour tenir en équilibre.

 


 

C’est beau sur papier. Reste que, de plus en plus, j’me rends compte que c’est ça, la réalité. J’me trust pas moi-même. Je sais pas c’que ça signifie, au fond, c’te croyance-là que les idées et les conseils qui viennent des autres sont plus valides que les miens. C’t’insultant pour la p’tite fille que j’étais pis qui pensait qu’elle était pas brillante ou courageuse. J’suis en train d’lui confirmer chaque jour qu’elle a raison d’penser qu’elle vaut moins qu’tout l’monde autour d’elle.

 

J’suis tellement désolée, fille. Un jour, j’vais voir toute c’que t’as dans l’ventre pis j’vais tomber su’l cul.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.


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3 commentaires à propos de “Dors pas avec l’enfant qui a peur du noir

  • Maman

    Tu vas y arriver ma grande, et oui fais confiance mais on sera toujours là avec toi pour te tenir la main et te prendre dans nos bras quand même
    Je t aime tant et si fière de toi et tout le chemin parcouru 😘😘😘

  • Julie

    Je te lis et je fais un lien entre la thérapie ACT avec laquelle je me familiarise par le live « Le piège du bonheur » qui suggère un regard nouveau sur les pensées. Je ne sais pas si tu connais, j’imagine que peut-être puisque tu étudies en psycho.

    • L'énervée Auteur de l’article

      Du tout, je ne connaissais pas! En lisant le résumé, ça semble être effectivement un bouquin qui me conviendrait. Merci pour la suggestion 🙂 !