«Ben oui mais elle a juste à partir!» …Duh.


Un des mythes qui a la couenne dure quand on parle de violence conjugale, c’est que les conjoints qui restent, femmes comme hommes, sont mous pis un peu nonos.

 

«Ben voyons donc qu’à reste maudite épaisse… à l’a rien qu’à partir si ‘est pas ben! En téka, moé, j’resterais jamais avec un étron d’même…»

 

C’t’encore pire quand le conjoint victimisé quitte le conjoint agresseur pis décide de r’venir. Pis le r’quitte. Pis r’vient. Pis le r’quitte. Pis r’vient. Ah là, tasse-toé de là, les jugements fusent:

 

«Eille… à veut juste d’l’attention, voyons donc… c’est quoi c’t’affaire-là d’y r’tourner? Ça doit être pour l’argent. Ou bedon à l’aime ça, dans l’fond, s’faire bardasser.»

 

On va se l’dire: c’est une position qui s’comprend. Pas parce qu’elle est exacte ou justifiée, au contraire, mais parce que, de l’extérieur, c’est difficile de comprendre ce qui pousse une personne abusée à rester collée sur la source de ses problèmes. Froidement et rationnellement, personne dirait d’emblée: «mon prochain chum va m’insulter pis m’rabaisser. Ah pis y va contrôler mes finances, aussi. On va être ben, exilés, loin d’ma famille pis d’mes amis! J’ai hâte de lâcher ma job pour y faire plaisir pis qu’y soit ben certain que j’rencontre jamais quelqu’un d’mieux que lui!» Personne dirait ça. Personne. Même pas les gens qui sont pris dans des relations malsaines.

 

Pris. C’est le mot que j’ai choisi, volontairement. On est pris dans une relation malsaine. On peut choisir de s’en sortir, mais, tant qu’on l’fait pas, on est pris dedans.

Ouais mais à joue au yo-yo…

Ça a été étudié, hein. Savez-vous combien de fois en moyenne les femmes retournent vers leur conjoint violent (j’englobe toutes les formes de violence conjugale) avant d’y donner son 4 % pis de l’quitter pour de bon?

 

7 fois.

 

Allez pas m’dire que c’est toutes des guenilles molles. Pour que ça prenne 7 fois avant que tu décroches de quelque chose qui t’détruit, c’parce que ça prend pas mal plus qu’un peu d’volonté pis un coup d’pied dans l’derrière pour le faire. La femme qui veut quitter son conjoint violent peut être confrontée à plusieurs craintes et dilemmes qui la pousseront à retarder ou à abandonner le projet de quitter son conjoint:

 

  • La peur de subir des représailles. Comment son conjoint réagira-t-il à l’annonce de la rupture? Sa sécurité (et celle de ses enfants, s’il y a lieu) sera-t-elle compromise?

 

  • La crainte de se retrouver sans l’sou. Si la conjointe abusée est sans emploi ou en situation de vulnérabilité financière, la perspective de pas pouvoir subsister à ses besoins en dehors de la relation pourrait la faire reconsidérer sa décision de partir.

 

  • Le désir d’avoir une famille unie. Personne aime imposer à ses enfants une rupture pis toute c’qui vient avec. On rêve toutes d’une belle grand’famille unie pis heureuse. Une rupture en contexte familial, ça vient ben souvent avec un gros deuil. C’est aussi vrai dans les cas de violence conjugale.

 

  • Le sentiment que peut-être le conjoint est pas si violent que ça, pis que peut-être on exagère ses travers, pis que peut-être la violence est méritée, pis que peut-être on cherche le trouble, dans l’fond. La violence s’installe souvent graduellement. Au début, on la reconnaît pas nécessairement. Ça peut commencer avec des p’tites remarques plates qui nous semblent mal placées, mais avec lesquelles on fait pas nécessairement tout un plat («J’aime pas ça quand tu mets des jupes, t’as l’air guédaille.», «C’est vrai qu’tes fesses sont plus molles que celles de mon ex.», «Ta mère… c’pas une lumière, hein. T’as quelqu’un de qui r’tenir en téka.» et autres romantiquailleries.) Une fois que l’escalade est commencée, c’est facile de se désensibiliser et de considérer normaux et acceptables des comportements et paroles qui ne le sont pas du tout.

 

Ça fait déjà pas mal d’inquiétudes ça. Des grosses inquiétudes, à part de ça. Dites-vous que la femme qui a déjà quitté son conjoint violent par trois fois est autant au courant que vous que quelque chose marche pas. Elle a fort probablement juste peur. De plein d’choses.

Quessé j’peux faire?

Si un ou une de vos amis vit une situation semblable pis qu’il cogne à votre porte pour de l’aide, mais que vous avez aucune espèce d’idée de c’que vous devez faire ou dire, commencez par ça:

 

  • Écoutez sans juger. Ben souvent (ça c’est vrai pour toute, by the way), quand quelqu’un a besoin d’parler, y’a vraiment juste besoin de ça: parler, pis être écouté de façon sincère, avec attention. Vous seriez surpris de voir à quel point vous avez besoin de rien dire pour aider quelqu’un. Si vous êtes fantastique au point d’être choisi par quelqu’un pour recevoir une confidence (pis vous l’êtes, fantastique. #fabulous), faites juste la recevoir, la confidence.

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  • Acceptez le fait que vous êtes pas obligé d’être d’accord pour comprendre. On l’sait, que vous prendriez pas les mêmes décisions pis que vous feriez pas les mêmes affaires, être à sa place. Sauf que vous êtes pas dans ses bobettes. Vous êtes devant quelqu’un qui vous demande d’être là à un moment ou il ou elle a besoin que vous soyez là. That’s it.

 

  • Si vous êtes dépassé par l’aide qui vous est demandée, vous avez l’droit d’le dire. Vous avez l’droit de pas être capable de fournir l’aide qu’on vous demande. Vous avez l’droit de mettre vos limites et de dire, par exemple: «je peux t’écouter, je te jugerai pas, je vais être là si t’as besoin d’un toît temporairement, mais j’ai aucune idée de c’que j’peux te suggérer de faire pour t’en sortir.» Référez à un organisme au besoin, ou appelez, vous, pour vous renseigner sur c’que vous pouvez faire pour aider. Le site violenceconjugale.gouv.qc.ca, mis sur pied par le Gouvernement du Québec, est une bonne place pour commencer vos recherches.

 

La moindre des choses à faire, c’est de ne pas rabaisser votre ami-e plus qu’il ou elle l’est déjà. Vous êtes pas obligé de comprendre. Vous êtes pas obligé d’être d’accord avec ses décisions. Faites juste penser à ça: combien de gens de l’entourage d’une personne victime de violence conjugale sont encore là pour la supporter au bout de 7 ruptures, vous pensez?


Si ça t’tente d’en savoir plus sur le sujet, pis toute:

1. Portail sur la violence conjugale du Gouvernement du Québec. Informations pour les victimes et les proches de victimes.

2. Trousse média sur la violence conjugale de l’Institut national de santé publique du Québec. Melting pot de tout c’qui faut savoir sur la violence conjugale.

3. Site Web du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, un réseau d’une cinquantaine de maisons situées à travers le Québec.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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