Girl talk sur le sabotage en amour


Le week-end dernier, on s’est ramassé 8 filles dans la vingtaine dans un chalet des Cantons-de-l’Est pour un enterrement de vie de jeune fille. Ça riait, ça criait, ça jasait de sexe, de gars, de bébés… du gros fun gras pas d’censure, comme j’aime.

Vers la fin de la soirée du samedi, alors que les effluves de sangria pis de vodka-canneberge commençaient à se dissiper, on en est venues aux grandes conversations. Ça portait généralement sur la famille et le couple, mais on a aussi abordé le sabotage en amour, une (autre) notion que je rejetais jadis du revers d’la main (voyons donc, pourquoi tu voudrais scraper une relation qui va ben?) jusqu’à ce que, oh, surprise!, je reconnaisse que, moi aussi, j’adoptais à l’occasion des comportements de sabotage. Desfois consciemment, desfois pas.

Une des filles comparait le cerveau humain à une étendue de terre pleine de sillons creusés par l’eau. Quand l’eau passe longtemps par le même chemin, c’est difficile de lui en faire emprunter un autre. Ça peut prendre ben du temps avant que le roc s’érode comme il faut pour que la rivière soit confortable dans son nouveau lit. (Je suis un peu jalouse de pas être arrivée moi-même à trouver une si bonne métaphore. Bref.)

J’ai la certitude que c’est pareil en amour. Disons que tout ce que t’as connu c’est des relations malsaines, comment tu fais pour apprendre à aimer correctement? Nono, comme question? Pas tant.


Imaginez-vous être pogné dans une relation instable où tout est compliqué, où vous savez jamais vraiment à quoi vous attendre, où on vous donne à peine le droit d’exister en tant que personne à part entière (avec vos opinons, vos goûts, vos envies pis toutes. Le kit complet.) L’autre fait aucun compromis. Quand vous faites quelque chose de travers, vous êtes un ci pis un ça pis encore un ci. Votre quotidien est fait de p’tits drames pis de grosses chicanes, mais c’est comme ça pis c’est correct. Pis tsé, le make up sex, c’est pas pire aussi.

Un moment donné, vous vous laissez. Tant mieux pour vous deux, comme qu’y disent.

Pendant un temps, vous batifolez, vous expérimentez, vous rencontrez du monde intéressant, mais pas fait pour vous… c’est ben le fun. Pis tout d’un coup, vous tombez sur quelqu’un de bien. Vous savez que c’est quelqu’un de bien parce que… ben parce que c’est simple. Vous avez du fun quand vous faites des affaires, quand vous faites rien, quand vous parlez, quand vous argumentez, quand vous êtes juste les deux dans la même pièce, en silence. Vous laissez ce début de quelque chose se développer, parce que ça vous fait du bien à tous les deux. C’est paisible. Facile. Stable. Vous avez enfin d’la place pour exister avec quelqu’un d’autre.

Pis là, un saint matin, ça marche pu. Tout d’un coup, vous devenez une machine à déceler les défauts. Vous portez les plus grosses oeillères du monde et vous voyez que ce qui vous tombe sur les nerfs. Vous en venez à vous demander ce que vous lui trouviez à la base. Pourtant, en dedans, vous savez ben que c’t’un bon gars. Y vous allume (oh-shit-oui), y’é fin, y’é brillant… mais y’a quelque chose. Vous arrivez pas à mettre le doigt dessus. C’est comme une roche pognée entre votre bas pis votre gros orteil. Vous vous sentez mal, vous avez l’impression que vous étouffez.

Ça doit être lui le problème. Si c’était le bon, vous seriez ben, non?


« J’ai l’impression que c’parce que j’m’ennuie. C’est con là, j’ai pas envie d’être comme ça avec lui… mais un moment donné, je m’attends à ce que ça aille mal, pis ça va pas mal. J’sais pas comment agir quand ça va ben. Ça fait que j’panique pis j’fous la merde. Pis je l’sais, quand j’fous la merde, que ça fait aucun sens, pis que rien de c’que j’dis ou rien de c’que j’lui reproche tient debout. On dirait que j’ai besoin du thrill qui vient avec les chicanes. Sinon, c’est comme si il manque quelque chose. »

C’est pas moi qui a dit ça mais j’aurais pu dire ça presque dans les mêmes mots, et j’ai été étonnée de constater le nombre élevé de filles qui ont acquiescé autour de la table. Pourquoi on essaie, consciemment ou non, de faire foirer une relation de prime abord prometteuse?

On a toutes relevé le même point: on a appris à aimer comme ça et on est pas à l’aise de faire autrement, parce que ça nous placerait dans une position vulnérable, parce que ce qui est attendu de nous ce n’est plus d’être en réaction, mais de contribuer de façon saine à la relation en partageant nos points de vue de façon mature et adaptée. C’est comme si le fait d’avoir été habituée à des relations en dents de scie qui jouaient sur nos nerfs nous avait conditionnées à nous attendre à constamment au pire. Comme dans un boot camp, on était sur les dents 24/7. Or, qu’est-ce qui arrive quand les problèmes que tu attends ne viennent plus? Toute l’énergie que tu mobilisais pour désamorcer des p’tites bombes à longueur de journée, tu la mets où maintenant?

Le point positif qui est ressorti de la discussion, c’est que nous toutes (et nos – pauvres – conjoints) sommes très au courant de notre p’tit travers (ça fait notre charme). La solution? C’est pas simple, mais ça passe par l’acceptation de notre vulnérabilité. L’acceptation aussi que c’qu’on va dire fera pas toujours l’affaire de notre conjoint et que, à partir du moment où on a dit (calmement) ce qu’on avait à dire, notre travail à nous est fait. Le reste nous appartient pas vraiment.

Let’s go fille.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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