Une p’tite histoire d’angoisse d’abandon


Comme j’avais prévu, depuis que j’ai emménagé avec mon chum, j’ai régressé d’une vingtaine d’années pour me r’trouver à la phase de la crise du bacon. On m’a d’ailleurs déjà rebaptisée gros-bébé-lala, d’un commun accord. Au moins on en rit, hein.

Moi.

Moi.

J’avais prévenu tout le monde dans notre entourage que les changements, ça m’fuck le cerveau. J’aime ma routine. Mon p’tit café l’matin. Mon p’tit trajet en char pour me rendre au bureau. Mon p’tit verre de vin en préparant l’souper. Mon p’tit tricot en fin d’soirée. Mes p’tites affaires, ma p’tite vie. Quand on vient perturber l’ordre établi d’mon existence, même avec un évènement super positif, comme le fait d’emménager avec mon chum, j’perds mes repères pis j’deviens une poule pas d’tête. Une poule pas d’tête bougonneuse.

 

Bref.

 

J’commençais à r’prendre le dessus. J’ai d’la misère à faire fitter le gym encore un peu entre le trafic du retour à la maison pis la préparation du souper, mais j’y arrive. Ça s’en venait. J’tais rendue.

 

J’étais. rendue.

 

Pis là, mon chum droppe une bombe:

 

« J’vais probablement devoir aller au Maroc pour la job, ça va vraiment pas ben, là-bas. Y vont prendre le temps que j’vais pouvoir leur donner, mais c’est minimum 5 semaines. Maximum autour de deux mois. »

 

DUDE. DUDE.

 

DUDE.

 

« J’suis vraiment content, c’est vraiment une belle opportunité. J’aimerais ça que tu sois contente toi aussi… »

 

DUDE.

 

«… J’suis contente. J’suis juste dans l’impossibilité de l’exprimer pour le moment.

– C’est juste deux mois, on va s’parler tous les jours. Pis c’est même pas certain que ça va être deux mois… Pis peut-être que j’irai pas, c’est même pas confirmé encore!

– On sait tous les deux que tu vas y aller pis que ça va être deux mois pis que Skype va boguer chaque fois qu’on va s’appeler.

– C’est pas vrai ça… Tsé, c’est pas une chance qui est donnée à tout l’monde, de voyager pour la job!

– Quand tu vas r’venir, y va avoir des toiles d’araignée tu-sais-où.

– Gros bébé lala.

– Absolument.»

Encore moi.

Il me fait remarquer ma position. J’suis juchée sur ma chaise comme une chouette sur une branche, les genoux ramenés sous mon menton, ben serrés entre mes deux bras qui les entourent.

« T’es fermée un peu, là… »

 

J’bougonne pis j’marmonne que ça m’tente pas de m’asseoir comme il faut.

 

Il me regarde pis j’sais exactement c’qu’il pense. Pis j’pense la même affaire.

 

« Je l’sais qu’j’suis bébé là… j’veux pas réagir de même. Ça doit être ma peur d’abandon là, j’sais pas. »

 

La peur d’abandon.

 

Si tu pars, c’est que j’ai fait quelque chose de mal.

Si tu pars, c’est que j’mérite pas d’être aimée.

Si tu pars, c’est que j’suis pas assez bonne pour que tu restes.

Si tu pars, j’vais être laissée à moi-même.

Si tu pars, tu r’viendras pas.

 

C’que j’ai remarqué avec le temps, c’est que c’est une angoisse qui me fait adopter des comportements qui, ironiquement, pourraient finir par entraîner l’abandon que j’redoute:

 

J’boude.

J’me fâche.

J’me convaincs que mon chum pense juste à lui.

J’manipule (j’essaie, j’pas ben bonne là-dedans).

J’braille.

J’demande à être rassurée de façon constante.

 

J’me transforme en enfant d’trois ans.

 

J’voudrais ne pas être submergée par mes peurs pis être capable de lui montrer que j’suis contente pour lui. Des fois, j’ai vraiment l’impression d’être la pire blonde au monde.

 

Comme ça sert à rien de s’fesser dessus, j’vais prendre ça du bon côté pis j’vais partager avec vous les deux apprentissages que j’ai tirés de cette situation-là jusqu’à maintenant:

 

  • J’pourrais pas sortir avec un militaire (no shit, Sherlock).
  • Dans un couple, faut que les deux partenaires puissent se réaliser pleinement. J’peux pas laisser ma peur d’être abandonnée aller en travers de ça.

 

Ça sera mon projet, pendant son départ, tient, développer mon indépendance. J’vous tiens au courant.

 


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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