Juste un p’tit mou de ventre


Regardez cette photo. Remarquez-vous quelque chose? À part le geste hyper touchant, je veux dire.

Ian Walton/Getty Images

Ian Walton/Getty Images

Un p’tit mou de ventre. Un micro-mou, on s’entend. Sur une coureuse olympique. C’est un cliché qui date de cet été, pendant les Jeux de Rio. Quand je suis tombée sur cette photo, j’ai été émue. Je l’ai trouvée, dans le contexte actuel (que je vous décrirai plus loin), touchante. Une athlète, une femme qui consacre toutes ses énergies à la pratique d’un sport hyper exigeant, un modèle, sans doute, pour plein de p’tites filles de partout dans le monde qui l’auront regardée livrer le meilleur d’elle-même, a un mou d’ventre. Comme moi, une pas athlète, qui s’inquiète de son mou de ventre. C’est nono pareil, hein? Que ça m’ait pris ça pour réaliser que mon mou d’ventre était normal et beau, je veux dire.

Si vous êtes présent sur les réseaux sociaux, vous avez sans aucun doute vu passer dans les derniers mois des mots-clics liés à l’acceptation de soi et à une image corporelle positive (c’est une traduction approximative, because les modes sur les réseaux sociaux partent souvent de mouvements anglos, tsé). Les termes «body acceptance», «body positivity» et «self love» pullulent sur Facebook et Instagram. Leurs pendants négatifs aussi («fat shaming» et «body shaming», entre autres). C’est partout.

Je me souviens pas précisément à quel moment ce ras-le-bol généralisé, mais somme toute contenu, s’est transformé en mouvement de masse. Je me souviens par contre avoir été renversée la première fois que j’ai vu des photos de Ashley Graham, y’a quelques années. C’était avant les pluies de hashtags positifs, avant les pubs non retouchées.

À l’époque (ça fait pas tout à fait dix ans, mais les choses évoluent rapidement dans le monde de la taille plus), les boutiques grande taille présentaient pas des vêtements aussi trendy et diversifiés qu’ils le font aujourd’hui. Je l’sais parce que j’haïssais magasiner dans ces places-là pis que je chialais tout le temps contre les imprimés fleuris pis les chandails à découpes.

Ashley, c’était une révélation: «…Crime. Tu peux être toutoune pis hot en même temps? Damn.» Non seulement la fille est magnifique, mais elle le sait et elle dégage un sex appeal de feu. On a commencé à la voir de plus en plus, notamment chez Addition Elle, où elle propose maintenant sa propre ligne de lingerie. R’gardez la vidéo pis dites-moi que c’est pas une des plus belles femmes d’la planète.

(Parenthèse: les campagnes de Addition Elle sont magnifiques, by the way. Même si j’y magasine plus, je zieute leur site Web chaque saison, juste pour les photos.)

Y’a donc eu Ashley, puis y’a eu Orange is the New Black et ses femmes de toutes les sortes, puis y’a eu les premières courageuses anonymes qui ont publié sans honte sur le Web des photos d’elles en bikini, puis y’a eu aussi les mères qui en ont eu assez de cacher leur ventre zébré… puis ça continue, chaque jour, partout.

Les femmes qui ont été laissées en plan ces dernières années contestent des standards auxquels elles ne s’identifient pas et en proposent de nouveaux. En fait, c’est pas complètement vrai. À mon sens, ce qu’elles proposent, c’est d’universaliser la notion de «beau», de l’étendre à l’humain dans tout ce qu’il est. C’est un mouvement fluide, mouvant, qui part de contestataires qui s’approprient le droit de se dire belles sans s’excuser, sans demander la permission, sans demander à personne si elles ont le droit de se trouver sexy quand elles drapent leurs cuisses pleines de cellulite dans un tissu stretch avant d’offrir en cadeau à la planète leur plus belle moue boudeuse sur Instagram. Who cares, qu’elles disent.

Who cares?

Est-ce simplement une transition pendant qu’on s’cherche? Est-ce qu’on est juste en train de passer du stéréotype de la femme plastique des années ’80 à un autre modèle tout aussi rigide? ‘Sais pas (c’est poche, hein?). Dans l’immédiat, savourons la chance qu’on a de pouvoir assister et participer à ce qui commence à avoir des apparences de mouvement de libération.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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