Le cours des jours


Je sais pas comment, mais y’a des albums qui refont leur chemin jusqu’à moi, continuellement. Je les oublie puis, un matin, les paroles d’une des chansons de l’album que j’ai écouté en boucle y’a 2, 5 ou 10 ans me reviennent en tête.

 

Le cours des jours, tiens. Une vraie perle.

 

J’avais 13 ans, quand Dumas a sorti cet album-là. C’est ma soeur qui me l’a fait découvrir. J’ai immédiatement développé un solide crush sur l’homme, comme toutes les jeunes femmes de l’époque avides de beaux bruns mystérieux lovers/sentimentaux gratteux de guitare.

 

La vie était longue. La vie est toujours longue quand t’es ado, pas trop cute et éperdument amoureuse – à répétition – de gars qui veulent pas d’toi.

 

«Je sais que les jours sont parfois longs parmi les hommes, mais tu dois t’y faire pour t’y plaire.»

 

J’aime croire que ma tête est plus wise que moi. Qu’elle me regarde aller pis qu’elle se dit « eh seigneur… Quessé tu ferais sans moi. Attends menute, j’vais t’envoyer quelque chose pour te brasser un peu.»

 

«Tu voles en éclats, tu brilles, avec tout c’que tu crois, tout c’que tu vois. Rien ne sera plus comme avant.»

 

Dans la tempête, une doudou. Ça empêche pas le tonnerre de gronder, mais ça te donne de quoi te couvrir la tête.

 

À tout coup, je me replonge avec délice dans ces souvenirs auditifs. Je reprends contact avec qui j’étais quand un mot, une mélodie, m’a marquée. Je constate le temps qui s’est écoulé entre ces deux versions de moi. Je me revois, innocente, ne pas avoir une traître idée de tout ce qui s’en venait, fonder tant d’espoirs en un avenir qui, j’en étais convaincue, serait fantastique.

 

Ça pouvait pas être pire, criss, j’étais pas le genre de fille du gars sur qui je tripais.

 

Si t’avais su, fille… Si t’avais su.

 

(T’aurais surement avalé quelques shooters de Sour Puss, catastrophée, en braillant pis en chignant que c’est pas juste, la vie, pis que tu veux pas de c’t’avenir là. Mais je m’égare.)

 

J’imagine une allée de p’tits coffres, dans ma tête. Un album par coffre. J’imagine une combinaison d’émotions, de situations, de gens et de contextes formant une clé qui, une fois complète, ouvre un des p’tits coffres.

 

Pis ma tête, fière, qui se dit: «Me semblait ben, que j’avais quelque chose en mémoire pour ce genre de situation là. Ma job est faite. À elle de s’débrouiller, astheure.»

 


À propos L'énervée

J'ai essayé la psycho et le marketing, puis j'ai décidé de retourner à mes premières amours: l'écriture et le journalisme. Je suis maman et ça m'occupe la majeure partie du temps. Quand il en reste un peu je lis, j'écris, je tricote et je marche jusqu'au parc avec ma fille.

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