Moé, j’mange (mais j’aimerais mieux pas)


Je sais pas ce qui m’arrive ces dernières semaines, mais la bouffe m’obsède. Ça doit être le changement de saison ou le manque de soleil… allez savoir. Ça vous est déjà arrivé de trouver ça plate que notre culture alimentaire nous conseille de manger trois repas par jour parce que vous auriez de l’appétit et de l’envie pour huit? Ben c’est comme ça que je me sens en ce moment.

Faire des provisions pour l'hiver.

Faire des provisions pour l’hiver.

J’ai même pas envie de bonnes choses en plus. J’ai des grosses fringales de fromage (brie mou coulant, de préférence), de toasts au Nutella et de patates pilées extra beurre (j’ai failli remplacer le lait par de la crème la dernière fois que j’en ai mangé, mais j’me suis retenue avant de céder et de passer la soirée en boule sur le sofa à culpabiliser sur mon manque de volonté).

 

Mon manque de volonté. Avez-vous lu ça? Ça me fait capoter de croire que je manque de volonté. Pourtant, ces choses-là me traversent l’esprit à tout bout de champ:

 

  • Je suis juste allée au gym deux fois cette semaine. What a lazy piece of shit.
  • J’ai bu trois bières hier pis c’était même pas jeudredi. C’est dégueulasse pis j’vais devenir molle du ventre.
  • Mon souper manquait de légumes. J’vais carencer.
  • J’suis sure que mes cuisses étaient plus tights que ça l’an passé. Faut que j’muscle plus.
  • Ça fait trois fois que je mange de la viande cette semaine, c’est pas bon pour ma santé. Je devrais manger plus léger.
  • Peut-être que je devrais manger ma crème glacée dans un bol au lieu de la manger dans un cornet. C’est quand même 25 calories que j’peux couper facilement. (Je sais, y’a une contradiction entre le fait de compter ses calories pis manger de la crème glacée. Faites pas chier.)
  • J’suis trop maigre de la face, j’ai l’air morte.

 

Y’a des moments où je prends conscience de la p’tite voix critique qui jacasse dans ma tête à longueur de journée… une vraie pie. Tellement qu’on dirait que je l’entends plus quand elle me traite de ci pis de ça, qu’elle me dit que je suis pas correcte ou pas assez ci. Ces temps-ci, quand la p’tite voix me parle pas de mon incompétence relationnelle, elle me parle de bouffe pis elle critique mon corps.

 

Quand je juge que j’ai fait trop d’excès, j’ajoute une séance ou deux au gym. C’est banal, vous me direz. Jusque là, ça va. On fait toutes ça, jusqu’à un certain point.

 

Ce qui m’inquiète, c’est la souffrance psychologique qui accompagne la culpabilité d’avoir trop mangé ou de pas avoir assez bougé. Comme si ma valeur dépendait en partie de ma capacité à maintenir mon poids. La preuve que mon apparence m’obsède peut-être un peu trop, c’est que j’ai tendance, surtout en période de grand stress, à me punir en coupant mes portions ou en m’entrainant plus intensément. Je me rappelle entre autres de la période où je datais. Quand j’essuyais un refus (ark), je passais la semaine suivante à me nourrir de microrepas et à faire sortir ma frustration sur le tapis roulant.

 

Je sais pas c’était quoi, l’objectif. «Ça y’apprendra»? Come on, Amé…

 

Probablement que ça avait très peu à faire avec ces hommes qui me rappelaient pas et beaucoup à faire avec mon amour-propre.

 

Pis t’sais, je sais que c’est pas juste moi. Remplacer les frites par la salade parce que ça paraît mieux quand on va au resto pis téter notre verre de vin parce qu’on a busté notre budget de calories de la journée, on est beaucoup à le faire.

 

(Je remplace jamais ma frite par une salade. C’est un mensonge. J’aime trop les frites.)

 

On me dit que le truc, c’est de lâcher prise, de laisser vivre et mourir les obsessions de ce genre sans s’y arrêter. C’est surement vrai sauf que lâcher prise, pour une angoissée control freak telle que je suis, c’est le travail d’une vie. Et y’a des obsessions qui me tiennent à coeur plus que d’autres. Je peux lâcher prise sur mon désir de performer à tout prix à l’école. Ça, c’est quand même facile. Lâcher prise en amour, c’est une autre paire de manches (toute une paire, à part de ça). La bouffe se situe quelque part entre les deux.

 

À la perspective d’un jour peser ne serait-ce que 20 livres de plus que maintenant ou de prendre du poids durant une future grossesse hypothétique, mon coeur s’emballe… et je trouve ça infiniment plate. On devrait pas s’en faire pour ces choses-là.

 

Faudra y’aller une toast au Nutella à la fois.

 


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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