Ma première fois… aux soins intensifs (1/2)


Récemment, j’ai célébré une année complète sans hospitalisation (champagne!), et ça m’a rappelé ma toute première fois, à 18 ans, alors que j’savais pas encore ce qu’était une chaise d’aisance (vous savez pas c’que c’est? Z’êtes chanceux.)

 

On va faire un test, ok? J’vous divise c’te p’tite tranche de vie en deux parties parce que moé, quand j’pars sur une chire, j’fais ça en grand.

 

Attention, ladies and gentlemen: on y va avec la première partie.

 


 

Ça faisait une s’maine que j’avais d’la misère à respirer. J’mettais ça su’l dos d’n’importe quoi: l’humidité, le changement d’saison, l’asthme (j’fais pas d’asthme), les acariens, une grippe pas d’toux pis pas d’fièvre, alouette.

 

Un bon matin, quand j’me suis rendu compte que le seul fait d’me faire aller l’mâche-patates faisait battre mon coeur assez fort pour faire perler des gouttes de sueur sur mon front, j’ai commencé à m’questionner. J’étais inquiète, mais pas assez pour traverser la rue qui m’séparait d’l’hôpital. (C’est drôle comment quand j’m’imagine des maladies, j’suis vite su’l piton à réagir pis que, quand faudrait que j’m’inquiète pour vrai, j’deviens une master du self-control.)

 

Le soir même, un coup d’tonnerre dans l’dos. J’ai eu l’impression que mes poumons v’naient de crever. Roulée en p’tite boule sur le sofa, j’regardais mon ex tuer des aliens sur not’grosse tévé, pis j’me suis dit que c’était d’même que j’allais mourir. Une fin glorieuse. Morte sur le sofa, couchée en tapon à côté d’son ex en bobettes qui jouait au Xbox pis pognée entre deux chats obèses. Rest in peace, la grande.

 

Ben non, c’pas vrai. J’pas morte. Presque, mais j’pas morte.

 

Le lendemain (je sais: moi aussi j’me trouve nounoune d’avoir attendu une nuit de plus), j’me suis pointée à la clinique (la clinique. J’ai vraiment pas l’sens d’l’urgence à’bonne place). J’y ai passé une radio, pour me faire dire que mon poumon gauche était dégonflé et qu’il pendouillait dans ma cage thoracique une balloune molle. J’ai finalement paniqué et la rue me séparant de l’hôpital fut traversée. Ben vite.

 

J’me suis installée sur une chaise au triage, comme une bonne p’tite fille. J’ai attendu. Les portes coulissantes de la salle d’évaluation se sont ouvertes. C’était mon tour.

 

J’ai avancé tranquillement et me suis assise. L’infirmière tétait son café.

 

Bonjour, bonjour, on va prendre vos signes vitaux, qu’est-ce qui se passe aujourd’hui?

 

Gênée de possiblement avoir une bonne raison d’être à l’urgence pis sachant pas vraiment comment expliquer c’qui m’amenait là, j’ai brandi une copie d’ma radiographie.

 

« Ben… on m’a dit que mon poumon était décollé peut-être… j’ai ça à vous montrer.

– … Oh. »

 

C’te pauvre femme qui buvait son Tim Hortons frette pis qui pensait pas avoir à faire à un poumon décollé c’matin-là…

 

De mémoire, au repos, mon coeur battait à 200 coups par minute. J’peux pas dire que j’étais malheureuse qu’on m’installe presto sur une civière, parce que j’étais toujours pas convaincue que j’étais atteinte de quelque chose de ben grave, pis, jusque là, j’m’attendais encore à passer la journée à attendre pour voir le médecin, assise entre un tousseux pis une râleuse.

 

La chienne m’a pogné pour vrai quand j’ai vu l’doc pis qu’elle m’a dit que mon poumon était pas décollé.

 

«…hein? Comment ça, pas décollé? L’médecin que j’ai vu c’matin me l’a montré sur mes radios…

 

– Ah, y vous a dit ça? C’est pas décollé pantoute. C’est soit une ben grosse pneumonie pas traitée ou ben un caillot. Prenez-vous la pilule, vous, madame?»

 

Nope, nope, nope, nope, nope. C’est pas en train d’arriver. Fuck ça. Fuck toute.

 

«…J’vas tu mourir?

– Ah, ça… on va toutes finir par mourir de quelque chose!»

 

À m’niaise. À m’niaise, la maudite.

 

Pour pas prendre de chance, y m’ont injecté une solution pour éclaircir le sang. Si c’tait un caillot, l’caillot allait pas survivre à ça.

 

C’tait pas un caillot.

 

L’équipe médicale commençait à manquer d’options. À force de m’questionner, de m’faire passer des scans, de m’envoyer voir des spécialistes (j’vous épargne le boutte – sanglant – où c’est l’anesthésiste qui a dû m’installer un soluté parce que j’ai des veines qui fuient. J’les comprends, r’marquez ben. Moi i-tou j’aurais fui si j’avais pu), on a fini par finir de m’diagnostiquer une pleuropéricardite pis à m’envoyer aux soins intensifs.

 

Eille, là j’tais ben.

 

Passer du chahut du backstore de l’urgence à une chambre privée aux soins intensifs, c’tait comme des vacances. Un grand lit avec des pitons pour l’ajuster comme tu veux, des p’tites lumières tamisées, une infirmière quasi à toi toute seule… C’tait dans l’aile neuve de l’hôpital à part de ça, pis j’avais trois repas par jour livrés sur un plateau, toé chose. C’tait the shit.

 

J’pensais presque plus à mon coeur qui spinnait dans l’beurre, en fait. Jusqu’à ce que mon infirmière entre dans ma chambre avec un engin qui r’ssemblait à une toilette, mais qui en était clairement pas une, parce que ce qui est bien avec une toilette, règle générale, c’est qu’ça vient entre quatre murs.

 

L’infirmière a dû remarquer mes sourcils en point d’interrogation, parce qu’elle m’a lancé:

 

«Oh, ça, c’t’une chaise d’aisance, madame. C’parce que vous pouvez pas marcher. Votre coeur fournit pas. Va falloir faire vos besoins là-dedans.»

 

Tu penses? J’pense pas, moé.

La bête.

La bête.

D’un coup, j’me rappelle où j’suis, pis c’que j’fais là. J’ai 18 ans, de l’eau tout l’tour du coeur, les poumons qui flacotent, pis faut que j’aille aux toilettes sur un pot en plastique que mon infirmière va vider à’mitaine. J’me souviens pas où j’me voyais à 18 ans, quand j’tais floune, mais j’vous garantis que c’tait pas là.

 

«Quand vous allez avoir fini, faites juste peser sur la p’tite sonnette à côté d’votre lit, pis j’vais v’nir ramasser l’pot.»

 

Fuck.

 

J’ai l’goût d’y crier de pas m’laisser toute seule. J’ai pas besoin d’le faire. J’comprends vite qu’y’a pas une infirmière au monde qui aime voir un kid couché dans un lit aux soins intensifs.


La suite bientôt!

Photo du haut: vue d’ma chambre lors de ma dernière hospitalisation. Un 4 étoiles et d’mie, au moins.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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