Réussir — et rater — sa rupture


Les rendez-vous post-rupture chez la psy, c’est les meilleurs rendez-vous chez la psy. Pas parce que je les aime, mais parce que ce sont ceux qui me font avancer le plus vite.

 

J’haïs ça pour mourir parce que ça force des constats et des remises en questions que personne veut faire. Pourtant, on rit beaucoup. Remarquez que c’est ben juste parce que j’tourne toute en joke pour pas brailler devant ce que j’accepte pas.

 

On venait de passer une heure à décortiquer, à ressasser pis à chercher des réponses. J’ai dû lâcher une couple de: «mais c’est donc ben pas juste!» et de «oui mais y devrait m’aimer! J’comprends pas!». C’est normal, ça a l’air. Même qu’elle a dit que j’étais super bonne. C’est pas rien.

 

J’avais mon manteau sur le dos, je partais. Pis j’ai dit:

 

«Je sais pas comment les gens font pour passer à travers ça 5, 10, 15 fois pis avoir encore le goût. C’est ma deuxième pis j’me sens déjà blasée. J’ai déjà l’impression que le mien viendra jamais, pis j’ai pu envie de donner. Trop de mal pour rien.

 

– C’est vrai, ce que tu dis. Ça grafigne. Je pense aussi qu’à la longue, ça finit par abîmer.»

 

Elle m’a parlé d’un livre dont j’ai oublié le titre et qu’elle m’a fortement suggéré de pas lire, de toute façon, parce que la conclusion que l’auteure tire est beaucoup trop déprimante. Qu’à force de ruptures, on finit par avoir d’la corne tout l’tour du coeur. Être usé du coeur. Quelle tristesse.

 

J’ai poussé ma luck en continuant d’empiéter sur le temps du client d’après:

 

«Pis tsé… le discours à la mode, ces temps-ci, c’est de dire que t’es en couple mais que t’es affranchi de l’autre. Que l’autre t’appartient pas pis que c’est triste de penser passer ta vie toute entière avec le même partenaire, parce que tu te priverais de plein d’affaires, de plein d’expériences et d’apprentissages. Que tu dois t’investir, mais que tu dois aussi garder en tête que ça peut finir à tout moment pis que c’est correct. Qu’y faut que tu vois les relations amoureuses comme des bouts de chemin sur la grand’route de ta vie. J’m’identifie pas pantoute à ça. Y’a tu quelque chose que je comprends pas?

 

– C’est dans l’air du temps. C’est un discours plutôt individualiste.

 

– Mais on est condamnés à ça? Aimer, pu aimer, apprendre, désapprendre, recommencer? J’veux ben que c’est ma vie pis que je dois la vivre juste pour moi, mais y’é où l’engagement là-dedans? Le rêve de passer sa vie avec la même personne, c’est niaiseux?

 

– Ça arrive, tsé. Y’a des couples qui passent leur vie ensemble. C’est pas la majorité, mais y’en a. Grandir avec l’autre, ensemble, ça se peut encore.»

 

Mon rêve de p’tite fille est pas niaiseux. C’est quand même cool.

 

Quand je suis sortie, je me sentais encore comme de la marde. Ça aussi c’est normal, ça a l’air. Ça passe.

 

Le café goûte un peu plus bon. J’suis allée prendre un verre avec une amie. On a mangé une grosse poutine en jasant de nos déboires amoureux. Une poutine avec du bacon.

 

J’ai visité un appartement. Un bel appartement lumineux avec un gros balcon où mes chats pourraient s’étendre de tout leur long pis s’engraisser au soleil. Je croise les doigts.

 

J’ai recommencé à me maquiller et à me coiffer pour sortir. J’écris. J’parle juste d’histoires de fin d’amour, mais j’écris.

 

Je retombe, desfois. Pis j’ai le goût en crisse de me cogner sur la tête pis de me dire que j’suis pas bonne pis que je réussis rien, même pas mes ruptures. Quand je m’accroche encore à lui, quand j’espère encore, j’m’haïs. Je suis quand même en train d’apprendre une belle leçon: j’ai le droit de me séparer avec ma maladresse habituelle, de faire des gaffes, de revenir en arrière, de me faire plus de mal parce que j’aime mieux décoller le plaster lentement plutôt que l’arracher d’un coup. J’peux pas être aujourd’hui la personne que j’serai devenue dans 5 ans. Faque embrace it, la grande.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

Laissez un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *