Rupture – jour 4


Ça fait encore mal. Estie de cochonnerie, pareil.

Le café goûte correct. Depuis hier, j’ai recommencé à manger. De la scrap, un peu. De la scrap, du vin, pis des sushis. J’ai la bouche pâteuse pis le mascara qui fait des mottons dans le coin de l’oeil. Classy.

Je suis nerveuse. Je sais pas encore avec quoi je m’étourdirai l’esprit jusqu’au moment où j’pourrai redéposer ma tête sur l’oreiller en me faisant croire que demain, j’aurai un peu moins de peine.

Mon linge m’écoeure. J’ai perdu du poids. J’ai pas de shape pis mes t-shirts sont drabes.

Calvaire.

J’essaie de pas penser aux boîtes que je devrai faire, au stock que je devrai trier. À mes chats. À l’appart que je devais commencer à chercher hier. J’suis pas rendue là anyway. Dans le processus de deuil, pis toute. 

Procrastinatrice jusque dans la rupture. Faudrait faire ça vite, pareil. Y’a rien de pire que l’entre-deux. Le purgatoire de l’amour.

(Estie que t’es poète quand tu souffres, fille.)

À travers ça, des perles de sagesse distribuées avec sincérité.

«Le tien va arriver. Quand tu t’y attendras pas. Quand tu vas t’aimer assez pour le laisser t’aimer.»

Laisse-moi m’imprégner de ta douce candeur pendant que j’te juge.

J’dis ça mais quand tu vas être parti avec tes conseils pis ton empathie qui m’écoeure parce que j’suis pas en mesure de te la renvoyer dans l’immédiat, pis que j’vais broyer du noir dans mon lit frette, j’vais piler sur mon orgueil et me laisser séduire par ton beau discours en me demandant ce que «le mien» câlisse de son samedi soir.

Si y’a de la misère à dormir. Si yé en couple en ce moment ou si y me cherche pis qu’il espère me croiser en allant acheter du pain au dépanneur pis un café au Tim. Si y’aime les orteils croches (on peut pas toute avoir). Si y fait son ménage le dimanche, lui aussi.

J’me demande si je l’ai déjà rencontré. C’est excitant pis ça l’est pas en même temps, parce que j’aime beaucoup les surprises. Si c’est l’homme de ma vie cependant, j’peux vivre sans surprise et accepter que c’est quelqu’un que je connais déjà. C’correct.

J’essaie de deviner à quoi y ressemble mais c’est plus difficile.

Il est niaiseux. Ça, je sais. Il est niaiseux pis quand il se revire de bord dans son lit en se demandant où j’suis pis qu’est-ce que je fais, y sourit en pensant au jour où y va pouvoir être niaiseux avec moi. 

Il aime imaginer mes maladresses et mes bébittes, comme j’aime imaginer les siennes. Des maladresses et des bébittes qui matchent avec les miennes et qui le rendent beau, vrai et humain.

Sérieux. Je peux presque déjà le voir me regarder, la tête inclinée, la mine résignée mais rieuse devant une énième gaffe de mon cru:

«Amé… eh boy, Amé… une chance que j’t’aime. Viens t’coller, tannante.»

Pis y’ajoute:

«J’t’ai racheté de la crème glacée. Celle-là est sick par exemple, y’a des morceaux de Rolo dedans. T’en veux tu?»

Pis moi j’le regarde, l’envie de rire, trop pleine de bonheur facile, me disant: «toé… si tu savais…»


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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