Se donner le droit d’être heureux


Ça passe vite, hein? Y’a déjà un mois que j’ai rien publié ici. J’ai vu passer la vague de posts de résolutions 2017 sans y contribuer, bien que, selon ce que j’ai eu l’occasion de lire, la mode soit cette année aux anti-résolutions. De toute façon j’aurais pas grand chose à vous dire là-dessus, à part que si je prenais des résolutions, je prendrais probablement les mêmes chaque année:

 

  • arrêter de penser que la fin du monde va arriver 150 fois par jour, tous les jours, pour le reste de ma vie;
  • être plus sereine.

 

Mes hypothétiques résolutions me mènent quand même vers ce dont je voulais vous parler aujourd’hui.

 

Y’a presque exactement un an, j’étais dans une maudite belle passe, comme on dit. Je fréquentais mon chum depuis peu, je venais de – finalement – vendre le condo que j’habitais avec mon ex, me débarrassant au passage d’une bonne part des dettes liées à mes études. Ah pis j’étais shapée en tabarouette parce que j’allais au gym steady de 3 à 4 fois par semaine.

 

À cette époque, j’ai pris rendez-vous avec mon psychiatre, que j’avais pas vu depuis belle lurette. Je voulais une réévaluation. Après des années passées en thérapie, je voulais un mot, une étiquette, une explication. Un diagnostic, peut être. Pour tourner la page.

 

Et un diagnostic, j’ai eu! Trouble d’anxiété généralisée pairé d’un trouble obsessionnel compulsif. Le lecteur assidu ne tombera pas en bas de sa chaise.

 

Pour arriver à cette conclusion, j’ai rempli les questionnaires de diagnostic d’usage. En répondant à la dernière question, agacée, j’ai levé les yeux vers mon psychiatre:

 

«Techniquement, je score haut sur toute. Techniquement, vous allez me diagnostiquer un trouble d’anxiété généralisée, pis je vais être d’accord! Ça fait toute du sens! Mais quand je lis votre questionnaire, j’me sens comme une imposteure. Mon trouble m’empêche pas de fonctionner pantoute. J’me suis jamais sentie aussi calme de ma vie.»

 

J’aurais dû toucher du bois.

 

Je savais, le pire. Je sais depuis que j’en souffre que les troubles anxieux sont ratoureux. D’la vraie vermine. Tu vas ben, tu vas ben, tu vas ben, pis, un matin, y’a pu rien qui marche.

 

L’an dernier, malgré un certain niveau d’angoisse et non sans rencontrer certaines difficultés, j’étais en mesure de prendre des décisions, d’agir, d’avancer, d’être heureuse.

 

Un an plus tard, j’ai de la difficulté à choisir le linge que j’vais porter pour aller au travail sans avoir peur de me tromper.

 

Qu’est-ce qui s’est passé?

 

Tant de chose, et si peu à la fois.

 

J’veux dire… y s’est rien passé de plus que la Vie. J’ai eu une année pas facile, une année stressante, une année en dents de scie, oui. Certaines situations ont réveillé ma tendance à l’insécurité. On me dit toujours que je me tape sur la tête inutilement, alors je dirai que j’ai eu une année difficile. Je peux dire ça.

 

Ceci dit, dans l’insécurité, je doute. Systématiquement. Graduellement, partant du printemps dernier jusqu’à aujourd’hui, j’ai remis la responsabilité de ma vie entre les mains d’autres gens. J’ai commencé par demander conseil.

 

«J’devrais faire quoi, tu penses?»

 

C’est banal, en soi.

 

Au fil des mois, les demandes de conseils sont devenues des demandes de «prescription».

 

«Dis-moi ce que je dois faire.»

 

Les demandes de ce genre se sont multipliées, jusqu’à occuper une majeure partie de mes journées. Jusqu’à ce que je ressorte des limbes cette vieille croyance que tout l’monde sait mieux que moi ce qui est bon pour moi.

 

Ça nous mène à aujourd’hui.

 

Aujourd’hui, je me sens physiquement malade à l’idée de partager mes idées et mes décisions, de peur qu’elles déplaisent, de peur qu’on me dise que je me trompe. Non seulement ça: mes angoisses prennent toute la place. Je suis incapable de prendre une décision sans m’assurer qu’elle soit la bonne. Sans avoir étudié tous les scénarios possibles découlant de cette décision. Sans m’être convaincue que j’éviterai une erreur ou une catastrophe. Ça m’épuise, et ça épuise les gens autour de moi qui se retrouvent impuissants, ne sachant plus que dire pour me rassurer. Je deviens irritable, vexée pour un rien et fermée, envahie et paralysée par mes doutes.

 

Lundi, je débute un nouvel emploi. Ça s’est fait hyper rapidement. En deux jours, j’ai obtenu le poste.

 

J’devrais me réjouir, puisque c’est une super belle opportunité de gagner de l’expérience dans mon domaine d’études. À la place, y tourne ça sur repeat entre mes deux oreilles:

«C’ta Montréal. Ça a pas de bon sens le trafic que j’vais me taper. J’verrai pu mon chum, on aura pu jamais de temps de qualité ensemble, j’vais être fatiguée tout le temps, on va se pogner, on va se laisser. J’vais arriver en retard à la job pis je vais me faire mettre à la porte. De toute façon je serai pas bonne. J’suis certaine que j’aimerai pas ça pis on va se retrouver dans la merde parce que j’aurai pas de travail et pas d’argent pour payer mes dettes. Fuck, d’ici un an, c’est sur que j’fais faillite.»

 

J’aimerais vous dire que j’fais dans l’exagération humoristique. I wish.

 

J’aimerais vous dire que ça se limite à ça, à des monologues internes. I wish aussi.

 

Juste pour vous dire… no joke, j’viens de me demander: «t’exagères pas un peu, Amé? Peut-être que tes angoisses sont justifiées pis que, dans le fond, tu sens que quelque chose cloche…»

 

La maladie du doute, que j’appelle ça.

 

Ah pis j’en ai une, une résolution pour 2017:

 

Donne-toi le droit d’être heureuse, Amé.


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l’adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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