Sur le traumatisme et le «vrai» viol


Peut-être que vous êtes écoeurés d’entendre parler partout dans les médias de culture du viol, de consentement pis toute.

 

Moi aussi, je suis écoeurée. Je suis écoeurée de voir des textes d’opinion comme celui-ci, paru dans La Presse de samedi, peupler mon feed Facebook comme des champignons envahissent le bois mort au printemps. Écoeurée parce que, candide que je suis, j’aime penser que ce genre de discours appartient au passé, le même passé qui condamnait l’homosexualité pis qui séparait les humains en fonction de la couleur de leur peau. Ouais, ce passé-là.

 

Je peux pas croire qu’on ramène une fois de plus cette notion dépassée de viol véritable, de vrai viol, le seul qui puisse traumatiser une victime, apparemment. Y’a déjà assez de femmes et d’hommes qui diminuent eux-mêmes l’importance des gestes qui ont été posés à leur égard de peur d’être perçus par leur pairs comme faibles, de peur qu’on dise d’eux qu’ils exagèrent, qu’ils sont en manque d’attention, qu’ils cherchent à se venger d’une hypothétique guerre personnelle… pas besoin d’utiliser en plus son privilège de chroniqueure pour leur écraser la face dans la honte.

 

Calvaire… Y’a des intervenantes au CALACS qui se fendent le cul en huit pour faire comprendre jour après jour à des centaines pis des milliers de victimes d’agressions à caractère sexuel – avec et sans pénétration – que leur douleur est légitime. Que la honte, c’est l’abuseur qui doit la porter, pas elles.

 

Pis vous savez quoi? Y’a de ces victimes qui se font jamais poser une main au cul, qui se font jamais plaquer contre le mur pour se faire frencher de force. Les mots pis l’autorité, ça peut traumatiser quelqu’un autant qu’une pénétration non désirée.

 

Viol. V-i-o-l. Le mot, juste le mot.

 

J’pense pas à pénétration quand je vois le mot viol. Je pense à transgression de l’intégrité, à intrusion dans l’intimité.

 

Dire des femmes qui sont sorties traumatisées de «juste un attouchement» qu’elles ne sont ni raisonnables, ni équilibrées, c’est un peu leur faire porter une partie du blâme. Encore. C’est nier leur vécu émotionnel. Ça revient à dire: «t’es pas assez forte, fille.» , en plus d’être un jugement infiniment insensible et condescendant.

 

Faut pas se prendre pour d’la marde, quand même, pour juger de l’équilibre psychologique d’une femme dont on a transgressé l’intégrité.

 

#endofrant


À propos L'énervée

Drama queen anxieuse un peu bougonneuse qui étudie en psycho (classique) et qui aime ben rire de ses travers. Aimerait se réincarner en chat (pour fouèrrer pis manger) et avoir accès à la plus grosse réserve de laine au monde (parce que tricoter, ça la calme). Possède une quantité inquiétante de journaux intimes remplis. Est passée par une phase gothique à l'adolescence. Est un être humain décent. À pense, en téka.

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